Peintre sous influences
Virginie Thailly - FÉMINA - N°411, 13 février 2010
Après avoir vécu à Hong Kong puis à Rome, Valérie Honnart femme d'affaire reconvertie a posé ses valises à Lille et se consacre désormais à la peinture.
Depuis qu'elle tient un crayon, Valérie Honnart dessine. Oui mais voilà parfois la vie en décide autrement. Pour satisfaire les espoirs de ses parents, elle a entrepris de brillantes études; Sciences Po, l'ESCP... Entre Paris et Hong Kong, où elle suit son mari, elle enchaîne les boulots dans la pub allant jusqu'à travailler dans une banque d'affaire. Une carrière brillante qui lui laisse pourtant un goût amer. "J'ai toujours rêvé faire de la peinture. Je n'étais pas heureuse dans mon travail. J'étais frustrée de ne pas être du côté créatif ", admet-elle, préparant un thé chinois très particulier. A la suite d'un licenciement, elle décide de suivre des cours de nu à l'université de peinture traditionnelle chinoise à Hong Kong et entame une carrière de designer textile. Voilà que son mari est muté à Rome, ville des peintres par excellence. Enthousiasmée, Valérie Honnart y apprend les techniques anciennes de peinture italienne, l'art de la gavure, des icônes mais aussi la restauration de tableaux. "C'est à Rome que j'ai fait le choix de vivre de ma peinture. Je réalisais alors des fresques dans les palais. Là-bas, je me suis mise à exposer, un succès inattendu..."
Elle multiplie les expositions et les collaborations jusqu'à ce que son mari soit de nouveau muté, à Lille cette fois, il y a près de cinq ans maintenant.
De la rue des Trois Molettes à Shangai
A peine arrivée sur les terres nordiques, Valérie Honnart déniche son atelier dans la rue des Trois Molettes : un "havre" d'où, peu à peu, elle se reconstruit un réseau (depuis, elle est en contrat permanent avec la galerie toute proche, Naclil et s'apprête à exposer à Shangai). Par un trou d'encre on se laisse glisser au fond de tous ses dessins, on devine l'indicible dans ces interstices laissés entre les êtres. Une réflexion obsessionnelle sur la figure humaine et sur l'incommunicabilité. Depuis qu'elle est lilloise de coeur, Valérie Honnart consacre aussi une partie de son temps à animer des ateliers d'écriture et d'illustration pour enfants et adultes. Tout en continuant de peindre, bien évidemment.
Une oeuvre nourrie par la Chine et l'Italie
Lille apprécie ses petits formats de moines tibétains. Sous la belle lumière du Nord, elle peint comme elle respire, travaillant l'encre à même le sol, oscillant toujours entre la lenteur de la peinture à l'huile et l'immédiateté de l'encre "sans repentir", entre deux traditions picturales, l'italienne et la chinoise. De la Chine, elle garde la fascination pour les paysages, pour les arts martiaux qu'elle pratique (elle est ceinture marron de karaté, fait de l'Aïkido), pour la fragmentation des corps, la présence des pleins et l'importance des vides, les flux, pour l'usage des encres qu'elle broie elle-même, pour la préparation de la feuille de papier de soie tenitée au thé... de l'Italie, elle a retenue la mise en lumière des corps en action, concocter ses "popotes" elle-même. Il n'est pas rare qu'elle relie les deux traditions en rehaussant certaines toiles à l'encre, d'or ou de cires colorées.
Prochaine exposition courant mars à la galerie Naclil
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